Film : La Vallée des loups – Irak

Publié le par nunoluciano

L’industrie états-unienne du divertissement est parvenue au fil des années à construire des représentations caricaturales des adversaires désignés de Washington. Le cinéma hollywoodien a successivement fait du Russe, du Vietnamien, puis du Sud-Américain et de l’Arabe des figures méprisables ou grotesques, ennemies des États-Unis et du « monde libre » que cet État incarne dans sa propre production audiovisuelle. Le film turc La Vallée des loups – Irak, de Serdar Akar, exploite les ficelles du cinéma d’action hollywoodien au service du message inverse : les États-Unis sont une puissance impérialiste qui opprime les peuples du Proche-Orient. Mireille Beaulieu analyse ce film qui a suscité des critiques de la presse dominante occidentale d’autant plus virulentes qu’il reflète ses préjugés comme un miroir.



Titre original : Kurtlar Vadisi Irak
Réalisateur : Serdar Akar
Casting : Necati Sasmaz, Billy Zane, Ghassan Massoud
Origine : Long-métrage turc
Genre : Guerre
Durée : 02h02min
Année de production : 2005
Distributeur : Too Cool Production & Distribution

Synopsis : Une histoire vraie : la prise d'otage des soldats turcs.
Le 4 juin 2003, les troupes américaines arrivent au quartier non-officiel, confidentiel de la force spéciale turque se composant de 11 soldats. L'équipe turque pense que c'est une visite habituelle. Mais ce n'est pas le cas. L'Amérique s'apprête à devenir la force unique de la région. Les 11 soldats sont emmenés avec un sac sur la tête, sous le regard de la population. Süleyman Aslan est l'un d'eux. Lieutenant déshonoré, il se suicide en laissant une lettre adressé à Polat Alemdar. Polat Alemdar est un espion, formé par les services secrets turcs et ayant participé à de nombreuses opérations secrètes. Il ne reste pas indifférent à la dernière demande de son ami défunt va en Irak avec ses hommes. Ils sont maintenant face à plusieurs défis, voir même le risque de mourir pour sauver les otages.

L'anti-Hollywood turc à l'assaut des crimes états-uniens

A titre de rappel, l'excellent article de Mireille Beulieu sur le premier film :
Kurtlar Vadisi – Irak (La Vallée des loups – Irak) de Serdar Akar (2005)

Fiction et réalité

Le film évoque un événement réel : l’arrestation, le 4 juillet 2003, de onze membres des forces spéciales turques par l’armée états-unienne à Souleimanieh, dans le Nord de l’Irak. Les onze hommes furent menottés ; surtout, on leur passa des sacs de jute sur la tête. Ils furent interrogés durant plusieurs jours puis relâchés sans aucune explication. Selon l’armée états-unienne, ils étaient soupçonnés de préparer un attentat contre le gouverneur kurde de Kirkouk. Il s’agissait bien plutôt de représailles après le refus de la Turquie (pourtant alliée de longue date des États-Unis) d’autoriser le transit des troupes états-uniennes sur son territoire lors de leur nouvelle agression contre l’Irak. L’humiliation fut douloureuse pour les Turcs, peuple chez lequel la conscience nationale est profondément enracinée.

Cet incident est le point de départ du récit. Avant de se suicider, un officier turc traumatisé par ce qu’il a subi envoie une lettre d’adieu à son ami Polat Alemdar : « Cet acte est une offense à la nation turque toute entière », écrit-il. Alemdar est un agent des services secrets que les spectateurs turcs connaissent bien ; il a été le héros d’une série télévisée au succès immense, déjà intitulée La Vallée des loups, dans laquelle il infiltrait victorieusement la mafia. Cette fois, Polat Alemdar (toujours interprété par Necati Şaşmaz) part immédiatement pour l’Irak dans le but de venger son ami. Il veut retrouver Sam William Marshall, le responsable états-unien de l’« affaire des sacs de jute ». Mais ce qu’il va découvrir en Irak est un véritable cauchemar…

Un blockbuster anti impérialiste

Cette superproduction (il s’agit, avec un budget de 8,4 millions d’euros, du film le plus cher de l’histoire du cinéma turc)...

Article sur Réseau Voltaire

Mireille Beaulieu

Diplômée de géopolitique et chercheur en histoire du cinéma. Programmatrice cinéma, journaliste

Publié dans Politique

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nunoluciano 22/08/2011 16:40


Le numéro deux de la diplomatie israélienne Danny Ayalon a fait une déclaration spéciale suite à l'incident survenu avec l'ambassadeur turc convoqué pour protester contre le film La vallée des
loups, en promettant d'user à l'avenir de "moyens plus acceptables", annoncent mercredi les médias occidentaux.

"Je maintiens ma protestation contre les attaques en Turquie visant Israël. Toutefois, il n'est pas dans mes habitudes d'humilier les ambassadeurs étrangers, et à l'avenir je clarifierai ma
position par des voies diplomatiques plus acceptables", a indiqué M. Ayalon dans sa déclaration.

L'ambassadeur turc Oguz Celikkol était convoqué au ministère israélien des Affaires étrangères pour protester contre un téléfilm turc jugé anti-israélien. M.Ayalon, ayant invité la presse, avait
pris le soin de faire longuement attendre M.Celikkol dans le couloir avant de le recevoir, avait refusé de lui serrer la main et l'avait fait assoir dans un fauteuil se trouvant à un niveau
inférieur par rapport aux sièges occupés par les diplomates israéliens.

Après cet incident, l'ambassadeur turc avait déclaré qu'en 30 ans de carrière il n'avait jamais été autant humilié. Le premier ministre turc Tayyip Erdogan avait menacé de rappeler son
ambassadeur.

Le mécontentement de Tel-Aviv était provoqué par un téléfilm turc La vallée des loups, dans lequel les agents spéciaux israéliens sont présentés comme des ravisseurs d'enfants.