La revanche du monde chinois

Publié le par nunoluciano

La revanche du monde chinois
Auteurs : Daniel Haber, Jean Mandelbaum

Editeur : Economica; Édition : 2e édition (1999)
Langue : Français

 

Le monde chinois lance un défi à la suprématie culturelle de l'Occident : Ayant montré que la maîtrise des clés de la réussite économique n'est plus réservée à l'Occident, le monde chinois se présente comme porteur du système de valeurs qui va dominer le siècle prochain. Face au déclin du modèle social occidental, la société néo-confucéenne se prépare à prendre le relais de l'hégémonie culturelle.
La Chine est en passe de devenir une grande puissance économique :  « l'économie socialiste de marché », qui n'a plus rien de socialiste, permet aux grandes villes côtières (Canton, Shanghai) de retrouver leur position de grands centres d'échanges asiatiques. La croissance spectaculaire de ces zones laisse penser que la Chine va jouer un rôle grandissant dans le commerce mondial.
L'essor du monde chinois aboutit à une nouvelle donne géopolitique : Malgré les incertitudes profondes quant à l'avenir politique du pays, la Chine compte bien bousculer la triade Japon, Etats-Unis, Europe, afin de trouver une place qui tienne compte de son nouveau potentiel économique sur l'échiquier mondial

 

Le titre de l'ouvrage est une interrogation mais quelle interrogation ! Car il s'agit bel et bien de la physionomie du monde économique du siècle prochain. L'ouvrage cherche-t-il à corroborer la théorie de « Pacific Rim Century » en vogue depuis une dizaine d'années dans les cercles d'analystes géopolitiques, théorie qui a pour corollaire l'émergence, voire la prédominance, de l'influence chinoise ? N'est-ce pas Alain Peyrefitte lui-même, préfacier de cet ouvrage, qui a titré un de ses livres sur la Chine, devenu un classique, «Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera» ?

 

De par la richesse des informations, agrémentées d'anecdotes croustillantes ou de témoignages de gens célèbres, cet ouvrage s'adresse à un large public en traitant une variété de sujets tels que la linguistique (la structure mentale due à l'écriture idéographique) ; l'histoire de la pensée (la trilogie confusianisme-taoïsme-boudhisme) ; l'évolution politique de la Chine continentale (les réformes et l'économie socialiste de marché) ; la géo-politique (l'Europe, les USA, le Japon et le monde chinois) ; la Diaspora (les liens culturels et apports économiques) ; les spécificités de l'entreprise chinoise (parternalisme et modernité)..

 

Cependant, ce livre pourrait soulever certains problèmes. Sa construction « méthodologique » repose en effet sur quelques concepts de base, controversés par l'intelligentsia chinoise elle-même, d'où le risque de polémique de cette approche. Ces concepts, utilisés ici comme une sorte de postulats, sont largement débattus aujourd'hui et continuent à diviser les chinois eux-mêmes. Citons les 3 principaux:

 

  • Confucius et l'impact de ses enseignements sur l'homme chinois d'aujourd'hui. Peut-on parler de néo-confusianisme pour expliquer les « success stories » des firmes de Singapour et Hong-kong ? Alors qu'on sait que les références de l'élite de ces pays, formée à l'école anglo-saxonne, sont plutôt Adam Smith, Peter Drucker et les autres ?
  • Comparabilité des «modèles» de développement. La Chine continentale se cherche. C'est encore un processus de mutation «inachevée». Or, si Singapour fascine les décideurs politiques chinois, on ne saurait parler de «modèle», pas plus que de modèles hong-kongais ou taïwanais, car tout sépare ces peuples, sauf, encore une fois, peut-être le concept abstrait des similitudes culturelles de la sinité.
  • Volonté des chinois de retrouver la « centralité » de la Chine, en s'opposant à la prétentieuse « universalité » de l'Occident. Or, tout indique que la génération actuelle des chinois (en Chine continentale comme ailleurs) cherche plutôt à remettre en cause les traditions, freins à l'émancipation individuelle, en se tournant vers l'Ouest (liberté et démocratie ...). Un retour à la source, c'est-à-dire, le spiritualisme ancien, serait limité, au mieux, à la recherche intérieure personnelle. Il ne serait pas question de mode de production ou de consommation.

Mais enfin, le rattrapage de l'un signifie-t-il nécessairement la décadence de l'autre ?
Ne peut-il y avoir au contraire convergence économique et même culturelle ?


Ainsi la lecture de cet ouvrage peut être doublement édifiante. D'abord, à partir de l'observation d'une zone de croissance indéniable, formant une chaîne d'entités disparates et peuplée diversement de chinois au profil combien différent, les auteurs ont tenté de projeter le devenir de cet ensemble autour du fil conducteur historico-culturel. C'est une tâche périlleuse !

Enfin cet ouvrage amène le lecteur à se poser d'autres questions fondamentales. Par exemple, peut-on imaginer un monde où il n'y aurait ni «arrogance blanche», ni «péril jaune» ? -- Dr Ham-San Chap --

Publié dans Politique

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